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 Wilhelm Canaris

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Rick



Masculin Nombre de messages : 709
Age : 38
Localisation : Dans la nuit des temps
Date d'inscription : 02/06/2008

MessageSujet: Wilhelm Canaris   Ven 4 Juil - 20:41

Wilhelm Canaris est né à Alperbeck, près de Dortmund, en Westphalie, le 1er janvier 1887. Cadet de trois enfants, il est issu d'une famille aisée de la bourgeoisie industrielle. Son père, Karl Canaris, est maître de forges. Très jeune, il se fait remarquer par une intelligence remarquable, une mémoire extraordinaire et un esprit espiègle, qui fait la joie de son entourage. Scolarisé au lycée de Duisbourg, il y brille par son aisance à pratiquer les langues étrangères, notamment l'anglais et le français. Plutôt doué pour les études, il développe également un penchant pour la littérature. La lecture est en effet son passe-temps favori.



Le jeune homme voue à son père une très profonde admiration. De lui, il tire les principales valeurs morales sur lesquelles il fonde sa personnalité : le patriotisme, le sens des responsabilités et le rejet de la violence. En 1904 pourtant, Karl Canaris meurt prématurément, terrassé par une crise cardiaque.

Wilhelm termine ses études secondaires en 1905. Il entre cette même année à l'école des Cadets de la Marine Impériale. Son apprentissage terminé, il est affecté sur des unités stationnées en Amérique du Sud, puis en Méditerranée orientale. Ces premières expériences lui fournissent l'occasion de parfaire son bagage linguistique en apprenant l'espagnol, mais également, au fil des contacts noués avec les autorités locales, de développer un sens de la diplomatie très fort et de nouer des liens dont il saura se servir ultérieurement.

Lorsque la Grande Guerre commence, il est officier à bord du croiseur "Dresden". Avec lui, il participe au combat naval du cap Coronel (1er novembre 1914), puis à la désastreuse bataille des îles Falklands, qui coûte à la marine allemande quatre de ses plus beaux navires. Ayant réussi à échapper à la Royal Navy, le "Dresden" poursuit sa course, pour être finalement détruit près de l'ile de Mas a Fuera, sur la côte chilienne, le 14 mars 1915. Wilhelm Canaris est capturé avec les survivants de l'équipage, puis interné au Chili. La captivité ne lui convenant pas, il décide de s'évader. Après une odyssée de huit mois, il parvient à rejoindre Buenos Aires en se faisant passer pour un ressortissant Chilien. Il est de retour en Allemagne au printemps 1916. Dans cette aventure, son talent pour les langues, son physique quelconque (il ne mesure qu'1m58 ) et ses capacités de dissimulation ont joué un rôle de premier plan.

Une fois qu'elles ont pris connaissance de son aventure, les autorités impériales décident de verser Canaris dans les services de renseignements. C'est le tournant de sa vie. Il suit tout d'abord un stage de formation, à l'issue duquel il est envoyé en Espagne. Sous une identité d'emprunt, il a pour mission d'y organiser un réseau d'observateurs chargé de rendre compte des mouvements des navires alliés. Démasqué puis incarcéré, il est finalement libéré et parvient à rentrer en Allemagne à bord d'un sous-marin spécialement envoyé à son intention et qui le recueille en rade de Carthagène en octobre 1917.

A la suite de cette première expérience dans les services secrets, Wilhelm Canaris souhaite reprendre la lutte à visage découvert. Il choisit de servir dans les sous-marins et, après quelques semaines d'instruction, reçoit le commandement d'U-Boot avec lequel il fait campagne en Méditerranée jusqu'à la fin de la guerre.
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Rick



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MessageSujet: Re: Wilhelm Canaris   Ven 4 Juil - 20:48

Les crises révolutionnaires qui secouent l'Allemagne après l'armistice le conduisent à reprendre du service dans le renseignement et l'espionnage. En 1919, il participe à la lutte contre le mouvement spartakiste et, à ce titre, joue un rôle occulte dans l'assassinat de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Une fois l'exécution accomplie, il coopère à l'évasion de l'un des officiers condamnés puis organise des milices patriotiques au profit du ministère de la Défense. Une fois le pays repris en main, il est nommé rapporteur auprès de l'Assemblée Nationale de la jeune république de Weimar et traite des dossiers concernant les milices auxquelles il avait prêté son concours dans les mois précédents.

S'étant marié entre temps à la fille d'un riche industriel (le 20 novembre 1919), il retrouve la Marine en 1920, comme officier d'état-major, à Kiel. Il est ensuite chargé d'une mission d'observation au Japon, avant d'embarquer à bord du croiseur "Schleissen", dont il est commandant en second, puis commandant. En 1933, il exerce la fonction de commandant de la base navale de Swinemünde.



L'arrivée d'Hitler au pouvoir ne l'enthousiasme pas. Canaris n'est pas un nazi de conviction. Comme beaucoup de nationalistes, il espère toutefois que le nouveau régime permettra à l'Allemagne de retrouver sa puissance et de lutter efficacement contre le péril communiste. En tant qu'officier de marine ensuite, il attend un renforcement substantiel de la flotte, hors des limites imposées par le traité de Versailles.

Son expérience dans les services secrets pendant la première guerre mondiale, pendant la révolution de 1919, puis pendant son séjour au Japon lui valent d'être nommé en 1935 chef de l'Abwehr, le service de renseignement de l'armée. Son accession à ce poste-clef lui vaut de rencontrer plusieurs fois le Führer. Celui-ci est séduit par la personnalité de Canaris et par son intelligence, mais surtout par ses capacités à écouter, comprendre les pensées du chef, retenir les ordres donnés et les exécuter. En 1938, il est promu vice-amiral.

Pourtant, ce subordonné de grande qualité n'est pas aussi docile que le souhaiterait Hitler. Au contraire, il se méfie des nazis et n'hésite pas à recruter au sommet de l'Abwehr des hommes réputés pour leur hostilité au régime. Peu à peu, Canaris et ses services se trouvent impliqués dans une lutte occulte mais féroce avec le SD, service de renseignements de la SS et son chef, le tout puissant Reinhard Heydrich. A maintes reprises, l'amiral-espion pense à démissionner. S'il ne le fait pas c'est parce qu'il sait qu'il est en quelque sorte un rempart contre la main-mise totale des nazis (et de la SS) sur tous les services d'espionnage, de contre-espionnage et de renseignements allemands.

Canaris est-il pour autant un résistant ? Il est bien difficile de se prononcer. Certes, il protège directement un bon nombre de personnalités suspectées d'opposition, voire d'activisme antinazi. Certes, jusqu'à la mort de ce dernier, il joue un important rôle de modérateur face à Heydrich, puis face à Himmler. Toutefois, un certain nombre de ses actions restent obscures, sujets de débats, voire imaginaires. Qu'en est-il réellement des contacts qu'il aurait pris avec les Alliés dès le début de la guerre ? Sa personnalité complexe et la nature même de son commandement brouillent les pistes. Faire la part des choses entre ce qui relève de l'intoxication et la vérité historique est trop souvent impossible.
Toujours est-il qu'à partir de 1942, les autorités nazies considèrent Canaris comme suspect.

Au printemps de 1943, un désastre s'abat sur le chef de l'Abwehr : un agent se fait arrêter pour trafic de devises et demande à Canaris d'intervenir, mais ce dernier refuse. Par vengeance, le trafiquant transmet à Walter Schellenberg, chef du service de renseignement politique, tout ce qu'il sait sur l'Abwehr. Schellenberg connaît maintenant le talon d'Achille de Canaris : le colonel Oster, un homme de confiance, souvent trop hardi.

Pour redorer son image, suite au renversement non annoncé de Mussolini, l'amiral transmet un dossier détaillé à Hitler sur le maréchal italien Badoglio, lequel passait pour un partisan d'Hitler, mais qui est plutôt un admirateur de la France et du Royaume-Uni. Le dossier, par sa formulation, semble incriminer le général Wilhelm Keitel pour négligence.

En février 1944, en disgrâce, Canaris quitte la tête de l'Abwehr. Se sachant condamné par le régime, il envoie sa famille en territoire plus sûr.

Le 20 juillet 1944, il reçoit l'appel d'un conspirateur qui croit qu'Hitler est mort dans un attentat. Sachant que sa ligne téléphonique est sur écoute, il feint d'ignorer tout du complot. Néanmoins, le 29 juillet, Walter Schellenberg, accompagné de deux hommes, vient l'arrêter à son domicile. Il offre une heure à l'amiral pour régler quelques affaires personnelles, c'est-à-dire se suicider. Ce dernier décline, se lave, se rase et embarque à bord de la voiture.

Pendant des mois, Canaris subit stoïquement différents traitements humiliants : menottes qui lui serrent les poignets, lumière violette qui empêche de dormir, etc. C'est pendant cette période qu'il fait connaissance avec son voisin de cellule, le colonel Lundig, ancien chef des services d'espionnage danois. Ils mettent au point un code pour communiquer et Canaris lui transmet ce qu'il sait, sorte d'autobiographie, la seule connue de nos jours.

Il est exécuté par pendaison le 9 avril 1945, au camp de concentration de Flossenbürg en compagnie de ses camarades .

En 1996, à la suite d'une action intentée par un groupe d'étudiants, l'amiral Canaris est officiellement réhabilité à titre posthume par la justice allemande, conjointement avec le pasteur Bonhoeffer et plusieurs autres résistants. La condamnation pour haute trahison prononcée contre lui par le IIIe Reich est annulée.
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