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 Héria la cité disparue

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Rick



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Localisation : Dans la nuit des temps
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MessageSujet: Héria la cité disparue   Ven 13 Juin - 5:39

Pomme Golden a écrit:
Héria la cité disparue



Bientôt les vacances … en tous les cas, on s’en approche ! Une idée de ballade pour des constructions étranges !
En pleine montagne, noyé dans les forêts de sapins, dominé par la Roche d'Antre qui culmine à 961 m d'altitude, le site gallo-romain de Villards d'Héria surprend. Impressionnant et magique, le site joue de la sévérité des forêts et des eaux sombres du lac d'Antre et des eaux de l'Héria, parfois absentes, mais le plus souvent bouillonnantes ou canalisées depuis 2000 ans.

De Louis XIV à nos jours : heurs et malheurs d'un site
Suite à des découvertes signalées dès 1679, le jésuite Pierre Joseph Dunod, originaire de Moirans, révéla en 1697 l'importance des vestiges antiques de Villards d'Héria. Certains, encore en élévation, devaient alors être très spectaculaires. Dunod obtint de Louis XIV des subsides pour conduire des fouilles sur cette " ville d'Antre " qu'il identifia à l'antique Aventicum, dont on savait pourtant déjà qu'elle se trouvait à Avenches, en Suisse.

En 1698, Dunod signala une fonderie sur la rive gauche de l'Héria.
Sur la rive droite de l'Héria, bien avant la fin du XVIIe siècle, de nombreuses structures ont été observées, mais la description en est imprécise : bains publics, fonderie, amphithéâtre, palais du gouverneur de la ville, prétoire, halles…

En 1837 et 1838, un clerc de notaire de Moirans, Champay, effectua des sondages autour du lac et près du " Pont des Arches ". L'Hostilité des paysans vint à bout de son enthousiasme. Les sondages effectués par Champay autour du Pont des Arches mirent au jour les restes d'un bâtiment et un matériel relativement abondant. Il est toutefois difficile d'interpréter cette découverte.

Le site retomba dans un sommeil profond jusque dans les années 1950. Emile Thévenot réalisa alors quelques prospections. Le déclic se produisit entre 1958 et 1960.
Il fallait alors alimenter en eau potable Villards d'Héria et Moirans. Les travaux conduits sans précaution par le Génie rural sur la zone du " Pont des Arches " mirent au jour de nouveaux vestiges en implantant au beau milieu du site inférieur les installations de captage et de traitement des eaux ! Professeur d'archéologie à la Faculté des lettres de Besançon, Lucien Lerat s'engagea dans des campagnes de fouilles qui devaient durer jusqu'en 1975 et être complétées par des sondages dans les années suivantes.

On lui doit ce que l'on sait aujourd'hui de ce grand sanctuaire des Séquanes, un site occupé du Ier au IIIe siècle de notre ère. Ses recherches ont en effet été publiées en 1998, quelques années après sa mort, grâce à sa collaboratrice Hélène Walter.
Il a fallu attendre la reprise des fouilles sur la zone du Pont des Arches, sous la direction de Lucien Lerat, pour comprendre le fonctionnement du site et en connaître la durée d'occupation.

Autour du lac d'Antre : le site "supérieur"

A l'époque gallo-romaine, le lac était au cœur d'une zone cultuelle. Aucune fouille récente n'a eu lieu dans ce secteur qui est aujourd'hui propriété privée.
Les auteurs anciens décrivent les restes de nombreuses constructions dont deux temples. Dans un temple circulaire, richement décoré de dalles polychromes, on a retrouvé les restes d'une statue en pierre aujourd'hui perdue que l'on croit pouvoir identifier avec une divinité indigène, Cernunnos, le dieu aux ramures de cerf (que l'on voit par exemple sur le chaudron en argent de Gundestrup au Danemark).
Vers 1679, on signale la construction d'une grange sur les fondations d'un temple immense. Après vérification, ce temple corinthien mesure 18 m sur 9 m. On y a retrouvé des inscriptions (aujourd'hui conservées au Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon), dont une dédicace de quatre hauts magistrats de la cité des Séquanes au dieu Mars. Datée du Ier siècle de notre ère, cette dédicace attesterait le culte de Mars au lac d'Antre dès le début de l'Empire.

Parmi les découvertes effectuées au lac d'Antre, il faut signaler une statue de Minerve. La découverte la plus surprenante est sans doute un fragment de plaque de calendrier de type gaulois, de même type que celui découvert à Coligny dans l'Ain en 1897 et dont l'original est exposé au Musée de la Civilisation gallo-romaine à Lyon alors qu'une copie très bien expliquée est présentée dans le hall de la Mairie de Coligny. Ces grands calendriers en bronze réglaient la vie religieuse du sanctuaire.
Les monnaies mises au jour indiquent que le site a été occupé des années 40/50 de notre ère jusqu'à la fin du IIIe siècle. Son abandon pourrait correspondre à une période d'insécurité, que plusieurs découvertes de trésors monétaires dans les environs semblent confirmer.

Le sanctuaire a connu, outre des remaniements partiels, deux périodes de construction, la première datée du règne d'Hadrien (117-138), la suivante une cinquantaine d'années plus tard, sous le règne de Marc-Aurèle.
Du nord au Sud, la partie fouillée du sanctuaire, sur la rive gauche de l'Héria, comprend trois ensembles.

- Au Nord, perpendiculaire au ruisseau, le secteur cultuel était composé d'un temple construit au-dessus de l'Héria sur des piles cyclopéennes (le Pont des Arches). Ce temple ouvrait sur une cour dotée en son centre d'une fontaine monumentale circulaire et prolongé par une plate-forme dallée à l'Est. Sur cette plate-forme se trouvaient les autels dont l'un est dédicacé à Mars et un autre à Bellone.

- une cour trapézoïdale, avec une construction circulaire au centre, séparait le secteur cultuel de l'ensemble balnéaire situé au Sud. Dans cet espace de repos et de rassemblement, on a retrouvé la base d'une statue en bronze élevée par les Séquanes à un prêtre des Trois Gaules, Cnaeus Licinius Campanus.

- un ensemble balnéaire, composé de piscines disposées le long d'un couloir de circulation (orné de peintures murales et… de quelques graffiti parfois licencieux !) et bordées par une galerie surplombant l'Héria. A cet endroit, les eaux de l'Héria semblent avoir été retenues en un bassin artificiel dans lequel se reflétaient les bâtiments. On y procédait à des bains rituels dans l'eau non chauffée, on glissait une pièce dans les tirelires taillées dans la pierre et on bavardait dans la galerie après s'être réchauffé dans les salles chauffées contigues aux piscines.
A une centaine de mètres au Nord du sanctuaire on a pu fouiller les restes d'un vaste bâtiment qui devait servir à l'accueil des pèlerins (hospitalia). Comment imaginer l'aspect originel de ces bâtiments dont il ne reste aujourd'hui que le squelette en calcaire local doré lorsqu'il est abrité, gris lorsqu'il est soumis aux intempéries ?

Les restitutions proposées par Albéric Olivier (dans le "Villards d'Héria, un sanctuaire gallo-romain" très illustré édité par le Centre Jurassien du Patrimoine en 2000) montrent comment on a marié ici les traditions indigènes et les principes de l'architecture romaine. Ainsi, le temple érigé sur l'Héria est situé sur un podium élevé auquel les pèlerins accédaient par un escalier, dans la tradition du temple romain classique. Mais la galerie dallée qui l'entourait sur trois côtés est caractéristique des temples de tradition indigène (fana).

La couverture des bâtiments était sans doute en grande partie en tuiles (tegula et imbrex), mais aussi en laves. Des exemplaires de chaque type de couverture ont été retrouvés.

Les fenêtres étaient fermées par des vitres. Une partie de la zone balnéaire était chauffée par le sol (hypocauste).
Les nombreux fragments de marbre mis au jour sur le site ont été soumis à analyse, pour Robert Le Pennec, ils seraient majoritairement de l'Est de la France et d'Italie, avec quelques importations d'Egypte et de Grèce. François Bramer estime, lui, que ces marbres sont plutôt des importations parfois lointaines (Pyrénées, Afrique, Grèce, Asie mineure) qui seraient parvenues à Villards d'Héria par le Rhône.

Les murs (notamment ceux de la galerie entourant la place trapézoïdale et ceux du couloir de circulation longeant les piscines) étaient recouverts de peintures aux couleurs vives. Ces fresques sont actuellement en cours de restauration dans un laboratoire spécialisé à Soissons.

Pour tout renseignement :
Musée d'Archéologie
25, Rue Richebourg
39000 LONS-LE-SAUNIER
Tél : 03 94 47 12 13
Fax : 03 84 24 30 34
Rédactrice en chef: Anne IMBERT / Contactez la rédaction
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